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Une usine à fabriquer des bébés pétoncles

Les pétoncles de l’écloserie de Newport, en Gaspésie, ont pondu leurs premiers œufs en juin.

Les millions de naissains (bébés pétoncles) produits seront destinés à l’élevage en mer et à l’ensemencement des fonds marins. La Terre a visité l’écloserie. L’entreprise Fermes marines du Québec achève tout juste de construire et d’équiper l’écloserie, un investissement de sept millions de dollars.

Les murs sont blancs, les bassins sont en béton et ça sent la peinture fraîche dans la salle de conditionnement des géniteurs. Qu’importe, les 300 pétoncles géants sont prêts à se laisser convaincre qu’ils vivent un printemps en mer. « On augmente la température de l’eau, on leur donne une diète de phytoplanctons (algues). Ils emmagasinent cette énergie là et la convertissent en gonades », explique Jean-Philippe Hébert, qui entrouvre un pétoncle pour montrer l’organe reproducteur rose orangé.

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M. Hébert élève du pétoncle dans la baie de Gaspé depuis 2009. Jusqu’ici, il a mis en élevage du naissain sauvage, capté dans les eaux des Îles-de-la-Madeleine. Le succès de captage est variable, et le mariculteur souhaite s’affranchir des aléas de la nature. « Quand on passe à un certain niveau de développement, on ne peut plus passer par la nature », dit-il.

Une fois leurs gonades gonflées à bloc, on transférera mâles et femelles dans les hauts réservoirs de la salle de ponte. On leur donnera encore un peu de chaleur et on ajoutera de l’air à l’eau pour mimer une tempête. « Ça crée un stress qui les fait pondre », explique M. Hébert. Il restera à recueillir les oeufs fécondés, flottant à la surface en une fine couche rose.

En 24 heures, l’oeuf deviendra une larve qui nage. Encore 30 jours et deux coquilles dentelées apparaîtront. Il faudra de trois à cinq mois de plus pour qu’elles atteignent sept millimètres, soit la taille des ouvertures des cages d’élevage.

La nourriture des pétoncles – des algues microscopiques ou phytoplanctons – est produite à même l’écloserie, dans une salle où s’alignent des sacs verticaux remplis de liquide brun, jaune ou vert, selon l’espèce d’algue qui s’y développe.299ce9bb38449fe1184211786b8c5b9d

Pas besoin de faire « le train », chaudières au bout des bras. Tout est automatisé. En pianotant sur un clavier d’ordinateur, M. Hébert peut programmer l’horaire de nourrissage, la quantité et la combinaison du phytoplancton acheminé aux jeunes pétoncles par l’entremise des tuyaux qui serpentent jusqu’aux bassins.

Le mariculteur prévoit produire deux millions de naissains en cette première année « de rodage ». D’ici cinq à huit ans, il espère atteindre les 25 millions de naissains par an.

Ailleurs au Québec, Pec-Nord exploite une écloserie à plus petite échelle sur la Basse-Côte-Nord pour ses propres besoins en naissains. M. Hébert souligne que d’autres pays produisent du naissain en écloserie depuis plus longtemps et en plus grande quantité que le Québec. « Au Japon, ils ont commencé après la Seconde Guerre mondiale pour regarnir leurs fonds marins, illustre le mariculteur. Et au Chili, ils ont produit des quantités records cette année. »

Dans l’avenir, l’écloserie de Newport pourrait produire aussi du naissain de mye (coque), des larves de homard et des plantules de laminaires (une algue comestible).

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